La Monnaie à Travers l’Histoire

La Monnaie à Travers l’Histoire

Une Tentative d’histoire de la monnaie…

Aujourd’hui, il est communément admis que la monnaie a été inventée pour faciliter les échanges en opposition à la complexité des systèmes de troc. Comme si l’homme était naturellement producteur surplus qu’il cherchait à échanger pour accumuler des richesses. troc

Tout le monde a en tête le mythe de l’homme préhistorique spécialisé dans la chasse, qui demande à son congénère spécialiste de la construction de maison, de lui fabriquer une hutte contre de la nourriture : comment évaluer la quantité de viande à donner par rapport au travail fourni pour la maison ?…

Cette théorie, et celle de la division du travail, s’est beaucoup répandue depuis la sortie du livre d’Adam Smith – Richesse des Nations en 1776. Toutefois, depuis la fin du XIXe siècle, l’avancée des travaux de disciplines comme l’anthropologie et l’archéologie nous pousse à reconsidérer cette thèse. En effet, les sociétés dites « archaïques », ou « primitives » ne sont pas organisées sur une quelconque spécialisation dans le travail, puisque chacun dans ces communautés a, à quelques différences près, les mêmes compétences pour la chasse, l’agriculture, la reconnaissance des plantes comestibles et médicinales, la charpente, le tissage, etc. En réalité, les savoir­-faire sont partagés et la production distribuée de manière équitable selon sa place dans la communauté (ou la hiérarchie) : l’économie du partage. Par exemple, chez les Iroquois, les Maisons « Longues » étaient le lieu où la production communautaire (vêtements, nourriture, outils, …) était centralisée, et redistribuée par les femmes du village.
Ces sociétés n’avaient donc pas besoin de l’utilisation de la monnaie. Si monnaie il y avait, c’était pour des échanges trans-­communautaires, ou trans-­tribaux, et non pas pour faire du commerce – car ces sociétés étaient autosuffisantes – mais pour établir des liens d’amitié, ou « diplomatiques » : la monnaie sociale.

En extrapolant, on peut supposer qu’il en était de même pour les civilisations européennes du néolithique, ou de l’âge du bronze. Pourquoi ces groupes humains, autosuffisants, ont-­ils ressenti le besoin de créer une monnaie, et quel en a été le processus ?

Pourquoi la monnaie ?

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Le troc n’apparaît qu’après la monnaie, après de graves crises : chute d’empires et de leur système monétaire (romain, carolingien…) ou plus récemment, l’effondrement du système financier a entraîné le développement de clubs de troc (comme en Argentine au début des années 2000 – les Club de Trueque), et autres Systèmes d’Échange Local (SEL ou LETS en anglais) en réponse à l’explosion du chômage.

Durant la Haute­-Antiquité, les administrations des sociétés urbaines mésopotamiennes (Ur, Sumer,…), avant l’écriture, ont semble­-t­-il inventé une première forme de monnaie : des lingots d’argent étaient utilisés dans la comptabilité pour donner une valeur commune à des biens incommensurables – qui n’ont pas de mesure commune – dans les entrepôts et autres puits de stockage : la monnaie­-compte… et ainsi établir combien de bottes d’orge untel devait, ou combien de meulons de blé il manquait pour qu’un autre s’acquitte de son impôt.

Comment se crée la monnaie ?

papier monnaieAu cours du Moyen-­Âge, parallèlement à la monnaie royale, les seigneurs féodaux d’Europe et de Chine créaient leur propre monnaie. Il était alors facile pour eux de la faire accepter en décrétant que ce serait avec elle seule que leurs vassaux et sujets s’acquitteraient des impôts et tributs…
C’est donc une certaine forme d’État qui crée la monnaie, et dans la foulée le « Marché » qui va avec.
Ainsi, la Chine médiévale est la région qui a vu la première utilisation du billet : le papier­-monnaie.
Les billets étaient utilisés sous forme de reconnaissances de dette : après avoir déposé mon encombrant stock de métal précieux chez un commerçant – un banquier – ce dernier me donne un reçu sur papier, indiquant la valeur du stock, et sa signature, garantissant la véracité de ce billet. Ainsi, un billet me donne le droit de récupérer dans un commerce l’équivalent en or de la valeur inscrite sur ce billet, dont la valeur est certifiée par la signature dudit commerçant qui y est apposée. Toutefois, je préfère utiliser ce billet, car c’est plus pratique, moins lourd, et moins dangereux que de circuler avec un lingot en métal précieux. Il est donc peu probable que je vienne un jour réclamer l’équivalence en or de mon billet.
Ce système du papier­-monnaie s’est ensuite répandu en Europe, et notamment en Italie, à partir de la Renaissance, où les marchands y ont vu un intérêt. En prenant un exemple simplifié, le marchand qui possède 100 livres d’or, peut faire le pari que s’il n’y a que 50 % de la population qui vient réclamer son or, car moins pratique (soit 50 livres), il peut émettre l’équivalent de 50 livres-­or de billets supplémentaires à partir de rien… mais qui seront quand même utilisés grâce à sa réputation qui garantira leur valeur : la monnaie fiduciaire : monnaie dont la valeur est basée sur la confiance.

Les stocks d’or restant dans les banques de dépôt, les billets étaient de plus en plus utilisés. Pour plus de souplesse monétaire, les États européens du XXe siècle ont donc petit à petit abandonné la convertibilité en or de leur papier­ monnaie, la confiance de leurs citoyens dans le sérieux de leurs institutions faisant foi : encore une fois : la monnaie fiduciaire.
Depuis 1973, et la décision de Richard Nixon de la non-­convertibilité du dollar en or (fin des accords de Bretton-Woods), plus aucune monnaie n’est indexée sur le cours de l’or. Depuis, les billets que l’on s’échange pour acheter des produits ou pour nous acquitter de nos impôts ne sont donc que de simples bouts de papier n’ayant aucune valeur intrinsèque !

Depuis la Renaissance, et suite à la consolidation du pouvoir royal (au détriment des seigneurs), la création monétaire était un pouvoir régalien de l’État. Mais ce pouvoir a été abandonné progressivement à partir du XIX e siècle au profit des banques privées, qui comme démontré avec la monnaie fiduciaire, créent de la richesse à partir de rien, uniquement basée sur les crédits et les intérêts qui en découlent : la monnaie scripturale, ou monnaie-credit chez les anglo-saxons.
Cette richesse est donc crée de manière fictive (car elle n’existe pas encore) en faisant le pari que ces crédits seront remboursés… ce qui n’a pas été le cas avec les consommateurs américains en 2008, ce qui a provoqué la crise des « Subprimes ».

Il convient de distinguer monnaie scripturale et monnaie fiduciaire :

La Monnaie Fiduciaire est une monnaie dont la valeur est basée sur la confiance, sur une richesse bien réelle (juste amplifiée), alors que la Monnaie-Crédit, est une monnaie dont la valeur n’existe que virtuellement, inscrite sur un compte de dépôt. C’est une richesse non existante au préalable créée à partir d’un pari. Le pari que l’emprunteur remboursera son crédit : L’argent que le prêteur n’a pas encore sera créé par le remboursement et les intérêts.

Aujourd’hui, 97 % de l’argent utilisé est virtuel, circule sur les places financières mondiales, et échappe au contrôle des Etats et des instances de contrôles… qui ont toujours un temps de retard sur les algorithmes qui pratiquent les échanges boursiers spéculatifs.

Donc, qu’est­-ce que la monnaie ?

La Monnaie est une convention sociale admise par tous, servant de moyen d’échange et de témoin, et dont la valeur repose sur la confiance en celui qui l’émet.
L’argent ne devrait donc pas être une fin en soi, mais un outil.

Sources :

Pour aller plus loin :

  • Une Fable sur la Monnaie, l’Argent, le Crédit, la Création de Richesse : L’Île des Naufragés, Louis Even – 1936

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