Monnaies Insolites

Monnaies Insolites

Monnaies Insolites

Au cours de l’histoire, l’argent, ou l’or, était l’apanage des dominants. Il n’y avait pas assez de monnaie en circulation. Les gens « ordinaires » devaient trouver des moyens de substitution à ces métaux précieux pour obtenir les biens de première nécessité. La richesse était ainsi accaparée par une seule catégorie de possédants. C’est ainsi que les systèmes de troc sont nés, mais aussi des monnaies insolites utilisées pour les échanges de la vie quotidiennes : jetons en verre ou en bois, bâtons, billes, …

Des Clous !

A la fin du XVIIIe siècle, au début de la révolution industrielle, les riches marchands et banquiers londoniens possédaient 80 % des stocks d’or, et de Livres. Certains employeurs allèrent jusqu’à payer des ouvriers, pour la plupart écossais, en clous. Utilisés au départ comme reconnaissance de dette, les clous furent utilisés ensuite dans les échanges quotidiens, exactement comme une monnaie. Ils circulaient ainsi dans les villages ouvriers – surtout dans les pubs…
Combien de clous pour une pinte ?

Le Bout de Bois Hong­Kongais

Dans son livre Dette : 5000 ans d’Histoire, David Graeber raconte une anecdote survenue à Hong-Kong durant les années 60. Alors qu’il n’avait plus de liquide pour régler ses consommations au barman, un militaire britannique alors en garnison, apposa sa signature sur un bout de bois issu du comptoir et lui promit de le rembourser. Quelques mois plus tard, une fois rentré de permission, se rendant dans le même bar, le soldat constata avec surprise que son morceau de bois était gribouillé de plusieurs signatures autres que la sienne. Ce morceau de bois avait en effet circuler entre les habitants du quartier pour établir des échanges, dont la valeur était ce que devait ce militaire au détenteur du bout de bois !
Il est à noter, que s’il n’avait pas été un « respectable » militaire Britannique, ce bout de bois n’aurait certainement pas eu la même valeur, et n’en aurait même eu aucune.
L’origine du chèque en bois ?

Des Poteries

On trouve la trace de monnaie fondante, au sein d’une communauté, dans l’Égypte des pharaons. Leur système monétaire était basé sur le stockage des denrées alimentaires. Chaque fermier en apportant sa contribution au stock collectif, se voyait remettre des poteries, Ostrakons, sur lesquels étaient indiquées la quantité et la date du dépôt. Ces dernières pouvaient être utilisées pour acquérir d’autres biens. Les marchandises alimentaires étant périssables, pour équilibrer, les poteries perdaient de leur valeur avec le temps. Elles devaient être utilisées le plus rapidement possible, ce qui permettait d’accélérer les échanges de marchandises. Ce système persista plus d’un millénaire et disparut avec l’arrivée des romains.
Ce concept a été théorisé en 1916 par Silvio Gesell dans son livre « L’Ordre Economique Naturel » sous le nom de monnaie franche.

Les 100€ de la Petite Marie

Monsieur Dupont arrive à l’hôtel du village et demande à réserver une chambre pour plusieurs jours car il a une mission à accomplir sur la région. Il verse un acompte de 100€ à l’hôtelier. Celui­-ci, voyant cette rentrée d’argent imprévue en profite pour passer chez le boulanger régler sa note du mois. Le boulanger pour qui les affaires marchent bien, en profite pour passer chez le menuisier pour commander le meuble qu’il convoite depuis un moment. Le menuisier dont l’argent brûle les doigts, en
profite pour passer une soirée chez la petite Marie qui tient le restaurant. La petite Marie en profite dès le lendemain matin pour régler sa note à l’hôtelier. À peine la petite Marie repartie que notre monsieur Dupont repasse à l’hôtel : sa mission n’a pas été confirmée, il vient annuler sa réservation. L’hôtelier lui
rend son acompte.
Voici donc en conclusion nos 100€ qui ont travaillé à travers de multiples échanges entre partenaires à travers une opération qui est finalement annulée !

Conclusion

Comme nous venons de le voir, la matière ou le support d’une monnaie n’a aucune importance dès l’instant où elle circule pour favoriser des échanges et du partage. Elle n’a d’intérêt que si elle permet et multiplie des échanges diversifiés en bouclant des boucles et en créant des circuits économiques ; et non si elle reste dans un coffre ou en l’épargnant.
La monnaie n’a de valeur que ce qu’on veut bien lui attribuer, c’est un outil de mesure et un témoin que l’on se passe pour les échanges.

Sources
­ Dette : 5000 ans d’histoire, David Graeber, éditions Les Liens qui Libèrent – 2011
Site internet Monnaies Locales et Complémentaires – MLC

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